Qu’est-ce-que la violence conjugale exactement et comment en sortir ?

La violence est dite conjugale car elle a surtout lieu dans le couple, dans la vie privée, à l’abri des regards et dans la famille. Elle passe souvent inaperçue car elle est invisible pour l’entourage. A l’extérieur, tout parait aller bien, alors qu’à l’intérieur, c’est l’enfer.

A de rares exceptions près, la violence est le fait de l’homme, elle concerne donc essentiellement les femmes qui sont le plus souvent les victimes.

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 En France : « En France, une femme décède tous les trois jours sous les coups de son conjoint. »

« Près de 216 000 femmes, âgées de 18 à 75 ans, sont soumises à la violence physique et/ou sexuelle de leur ancien et actuel conjoint, qu’il soit mari, concubin, pacsé, petit-ami… La majorité reste muette, pour protéger leurs enfants, leur réputation ou leur vie, par crainte des représailles. Souvent, ces hommes violents possèdent également une emprise psychologique très forte qui plonge leur victime, isolée, dans un climat de peur permanent. Seules 16% d’entre elles déposent plainte, selon les chiffres du gouvernement »

(Le Figaro madame/2. nov.2014/ « Violences faites aux femmes : l’horreur en 10 chiffres » / Lucile QUILLET)

 

La violence conjugale a malheureusement toujours existé, elle tue et détruit chaque jour dans le monde de nombreuses victimes, en dépit des lois qui pourtant la reconnaissent de plus en plus, et sous toutes ses formes, la combattent et la punissent. La violence est inacceptable car destructrice. Elle est encore taboue, il est donc important d’en parler pour qu’elle diminue et cesse.

Qu’est-ce que la violence conjugale ?

La violence est un processus au cours duquel un partenaire exerce à l’encontre de l’autre, des comportements agressifs, violents et destructeurs.

C’est un acte volontaire qui a pour objectif la recherche de pouvoir sur l’autre, pour le mettre sous emprise et sous dépendance. On est dans une relation dominant/dominé inégalitaire. Le mécanisme de l’emprise est pervers.

Il faut faire la distinction entre la violence et le conflit pour pouvoir les identifier. La violence recherche l’emprise, la victime est niée, elle n’existe pas. Dans le conflit, il n’y a pas d’emprise, c’est une composante normale de la relation où les deux partenaires peuvent s’expliquer, se confronter de façon égalitaire, sans peur l’un de l’autre.

Comment la violence dans le couple se manifeste-t-elle ?

La violence conjugale se manifeste et s’exerce sous diverses formes :

La violence physique :

C’est la plus connue mais pas forcément le cas de violence le plus fréquent, elle a longtemps masqué les autres. C’est la plus visible aussi puisque la victime va recevoir des coups et des sévices corporels qui vont se voir, le plus souvent sur le visage et le haut du corps. C’est la plus « grave » dans la mesure où elle peut entraîner des lésions physiques, voire des mutilations irréparables et même aller jusqu’à la mort de la victime.

La violence physique est due à l’impuissance de l’homme pour soumettre sa partenaire, il manque de mots pour communiquer et devient alors brutal.

La violence sexuelle :

C’est la plus cachée quand elle s’exerce au sein du couple. La violence sexuelle consiste à obtenir des relations sexuelles sous la contrainte, on peut donc parler de viol, ce qui est reconnu comme tel dans la loi française et puni depuis peu. Elle peut être accompagnée de brutalités physiques et de menaces, comme celles de subir des scénarios pornographiques humiliants.

La violence verbale :

C’est la plus fréquente mais elle est rarement identifiée tant elle est banalisée. La violence verbale consiste à humilier la victime, la juger, la rabaisser, la mépriser, pour lui faire perdre toute estime d’elle-même et installer un isolement progressif. Petit à petit la victime va se refermer sur elle-même et couper les ponts avec ses relations, se retrouvant seule, à la merci de son « bourreau ». La violence verbale dans le couple peut se manifester également par des menaces, du chantage, des insultes et un langage grossier.

La violence psychologique :

C’est la plus sournoise car elle est très difficile à prouver. La femme devient subalterne et n’existe que par la volonté de l’homme, elle devient un objet ou un « chien fidèle et soumis ». Son compagnon la contrôle, la harcèle, agit ou lui parle en dénigrant ses opinions, ses valeurs et ses actions de femme et de mère. C’est insupportable, elle est anéantie à l’intérieur d’elle-même, niée au plus profond de son identité et de son rôle. Cela provoque en elle des troubles du jugement et donc de la confusion et du doute.

La violence économique :

C’est peut-être la moins connue, celle dont on parle le moins et qui pourtant sévit fréquemment et comme pour les autres dans tous les milieux. La violence économique consiste à installer une dépendance financière plus ou moins complète, cela va passer par la privation de moyens ou de biens nécessaires et essentiels et par le contrôle permanent. La femme se prive aussi pour ses enfants, elle est totalement à la merci du conjoint qui peut exercer sur elle toute sa domination.

Toutes ces formes de violence et d’agression peuvent être associées et la violence devient de plus en plus forte. En effet, les incidents, les crises vont se progressivement se répéter et s’intensifier pour devenir de plus en plus sévères et entraîner des blessures, des symptômes et des séquelles affectifs, psychologiques et physiques graves.

La violence conjugale est toujours exercée sous la contrainte et la domination. Elle est inacceptable et répressible par la loi.

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Comment sortir de la violence dans le couple ?

Pour sortir de la violence vous devez repérer le cycle pervers qui la caractérise :

Pour sortir de la violence, il faut d’abord l’identifier, la nommer, prendre conscience que c’est bien de violence qu’il s’agit, que c’est bien de la violence que je subis chaque jour. Vous allez découvrir comment la reconnaître.

La violence physique, dont je vais essentiellement parler dans cet article, s’inscrit dans une progression, ce n’est pas un fait isolé, c’est un cycle dont l’intensité et la fréquence augmente avec le temps ce qui expose la femme à des risques de plus en plus élevés. Il est donc très important que les femmes prennent connaissance de ce cycle pour qu’elles comprennent ce qui se joue, qu’elles aient des repères et puissent se sentir reconnues dans leur souffrance.

Si vous êtes victime de violence conjugale, voici ce que vous devez savoir :

Les 4 phases du Cycle de la Violence

Le cycle de la violence se décompose en quatre phases :

La tension : Chacun en reconnait les prémices. L’atmosphère devient lourde et pesante, la femme commence à être agressée verbalement et reçoit critiques et jugements, elle est accusée et empêchée de répondre, elle croit les attaques de son partenaire. La femme commence à avoir peur, son partenaire le sent et ne le supporte pas, il se persuade que si elle a peur c’est qu’elle a quelque chose à se reprocher et l’escalade démarre :  insultes, gestes brusques, bris de verre…et le premier coup part, c’est la crise !

La crise : La violence de l’homme explose. L’agresseur ne se contrôle plus, il domine, frappe et insulte. La femme victime est terrorisée et sidérée, c’est inconcevable pour elle. Cependant, elle se tait et se défend peu, se dévalorisant intensément et elle finit par croire les insultes dégradantes qui lui sont adressées. Au fil du temps elle va même « s’offrir » pour en finir plus vite en se disant qu’il frappera alors moins fort mais c’est une escalade dans la punition et l’humiliation. Puis, d’un seul coup, tout s’arrête !

La justification : L’auteur de la violence minimise ce qui vient de se passer, il justifie son comportement en accusant et culpabilisant la victime. Celle-ci se sent en partie responsable mais elle réagit parfois en contre-attaquant et en menaçant de dénoncer son agresseur, qui, à son tour prend peur et donc demande pardon. La femme a alors l’illusion de prendre le dessus et pense qu’une négociation est possible. Elle croit, à tort, que son conjoint va changer.

La « lune de miel » : Le couple se réconcilie et reprend confiance. L’agresseur promet que tout va s’arranger, il s’excuse, il jure qu’il ne recommencera plus et tout redevient calme. C’est un nouvel espoir pour la victime qui retrouve son « conjoint d’origine », celui qu’elle aime et la souffrance s’efface jusqu’au prochain cycle. La femme perd alors son sens critique, elle rentre dans une forme de confusion et de passivité.

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Pour sortir de la violence, vous devez poser des actes :

Faites-vous aider pour sortir de l’isolement

Une femme sous emprise, comme son nom l’indique, est prisonnière, elle ne peut donc pas s’en sortir seule, elle a absolument besoin de trouver des appuis à l’extérieur, pour être aidée. Elle a besoin de connaître des lieux ressources et des personnes ressources pour rompre le silence et cela va lui demander beaucoup de courage et d’énergie. Souvent, la femme supporte pendant des années ces souffrances et puis un jour, le vase va déborder, un événement qu’elle considérera comme inacceptable va se produire et la faire réagir, enfin ! Le plus souvent c’est lorsque son partenaire s’en prend à ses enfants ou que cela devient trop dégradant comme le fait d’uriner sur elle par exemple.

Si vous êtes victime de violence conjugale, sachez que vous n’êtes pas seule.

Il existe maintenant dans tous les départements des lieux et des personnes ressource pour vous aider à agir, à connaître vos droits et à vous reconstruire dont un numéro de téléphone national le : 3919 (Violences femmes info) et un site national qui vous donnera des informations très précieuses : Stop-violences-femmes.gouv.fr

Lieux ressource : Voici les plus importants dont vous pourrez trouver les coordonnées sur internet, dans les mairies ou les guides de votre ville :

Les associations spécialisées dont le MFPF (Mouvement Français du Planning Familial) et les CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles), les CPEF (Centres de planification et d’éducation familiale) les hôpitaux et les commissariats de police.

Si vous êtes victime de violence conjugale : Déplacez-vous dans un de ces lieux.

Je sais que cela demande un énorme courage, où vous allez devoir braver vos peurs, mais c’est le premier pas vital à faire pour ouvrir sur des solutions et sortir de l’enfer que vous vivez. Allez-y… Vous serez fière de vous…

Tous ces lieux vont vous offrir un espace sécurisé et confidentiel où vous serez écoutée, crue, comprise, où vous pourrez enfin libérer progressivement votre parole et votre souffrance pour être informée, conseillée, guidée et rassurée.

Personnes ressource : De nombreuses personnes sont désormais formées pour accompagner les violences.

C’est le cas de certains psychologues et des Conseillères Conjugales, dont je fais partie. Elles reçoivent en libéral, ce qui est payant, mais reçoivent aussi gratuitement dans certaines associations spécialisées et dans les Centres de Planification du Conseil Général (nouvellement appelé Conseil Départemental), où cela s’inscrit dans leurs missions. Pour ma part je travaille dans celui de Saint Germain en Laye en partenariat avec l’ISG, institut en santé génésique, spécialiste local des Yvelines, dans l’accompagnement des violences faites aux femmes.

C’est le cas des médecins qui vont souvent constater les traces de coups, la gravité de la situation, vous soigner et proposer un certificat médical de coups et blessures volontaires. Dans les cas les plus graves, il pourra prescrire un arrêt de travail et déterminer un ITT, incapacité totale de travail. Ces certificats médicaux constitueront des pièces essentielles lors du dépôt de plainte qui éclaireront la justice sur l’importance des dommages subis par la victime et sur la gravité de l’agression.

C’est le cas de la police où l’on essaie de plus en plus de former des femmes, intervenantes sociales, qui permettent aux victimes de se confier plus facilement. Leur rôle est important pour constituer un dossier qui fera date et pour amener les femmes progressivement à déposer une « main courante » ou un « dépôt de plainte » qui seul aura valeur juridique.

Si vous êtes victime de violence : sachez que cette démarche est très importante, elle vous permettra, en effet, de poser sur vous le mot de victime et sur celui de votre conjoint celui d’agresseur devant la loi. Car, tant que l’agresseur n’est pas soumis à la loi et à la gravité de ses actes, il reste dans le déni et aucun changement ne sera possible.

Prenez la décision de dire « Stop »

A partir du moment où la femme a pu contacter une ou plusieurs personnes ressource, qu’elle se reconnait victime et reconnaît subir des violences, elle va avoir deux choix possibles. Celui de partir ou celui de rester.

La seule façon de s’en sortir sera celle de partir mais cela pourra prendre énormément de temps. Souvent, il faudra en effet plusieurs « aller et retour », décision puis retour en arrière, avant que la femme se décide vraiment à se séparer et en prenne les moyens. Plus une situation de violence est ancienne plus il est difficile de faire le pas.

Si la femme prend la décision de rester, elle sera malgré tout plus forte qu’avant grâce à la parole ouverte avec la personne ressource, laquelle reste en relation avec elle et l’informe de ses droits. La victime n’est plus un objet mais un sujet agissant. Quelle belle transformation !

Si la femme prend la décision de partir, elle sera soutenue et guidée pas à pas dans ses démarches, ce qui est essentiel pour trouver le courage intérieur de faire face aux réactions souvent très fortes du partenaire, lequel se rend soudainement compte de tout ce qu’il va perdre. La femme n’est plus isolée, se libère et passe du doute à la certitude. Quelle belle victoire !

Si vous êtes victime de violence : Soyez bienveillante avec vous-même. C’est normal que vous hésitiez, c’est normal que vous ayez peur, c’est normal de décider puis de vous rétracter, un jour viendra où vous trouverez la force. Parlez avec les personnes ressources que vous avez choisies, détaillez avec elles les démarches à suivre et prenez votre temps pour vous sentir prête. C’est tellement courageux de partir !

Prenez la décision de vous reconstruire

La victime a subi de la maltraitance pendant des années, elle est détruite et profondément meurtrie à tous les niveaux de sa personne. Dans son corps qui a imprimé les coups et les blessures mais aussi dans son cœur et dans sa tête. On peut parler de traumatisme après toutes ces souffrances endurées. La femme est envahie par toutes les émotions confondues et se sent perdue, angoissée, honteuse, coupable, fragile… Elle n’a plus aucune estime d’elle-même et doute de tout. Tout est à reconstruire pour retrouver valeur et dignité.

Si vous êtes victime de violence : sachez qu’à ce stade, la première chose à faire est de vous féliciter ! Vous avez osé sortir de votre isolement, de votre honte et rassembler l’énorme courage nécessaire pour faire les démarches de le quitter ! Vous pouvez vraiment être fière de vous !! Bravo !! Continuez de vous faire aider pour vous reconnecter à la femme que vous êtes, pour retrouver votre féminité, pour vous reconnecter à vos qualités et à vos ressources personnelles et uniques, pour vous rassurer dans votre rôle de mère. Vous allez pouvoir vous tourner vers l’avenir et reprendre goût à la vie comme vous le méritez !

Faites intervenir la Loi

Pour l’aider à se reconstruire, la femme victime de violence, pourra également se faire soutenir par la loi, en posant un acte fort devant la justice : porter plainte ou déposer une main courante. Elle pourra se faire conseiller et aider pour cela par les professionnels cités précédemment.

Si vous êtes victime de violence : sachez que cette démarche est très importante, elle vous permettra, en effet, de poser sur vous le mot de victime et sur celui de votre conjoint celui d’agresseur devant la loi. Car, tant que l’agresseur n’est pas soumis à la loi et à la gravité de ses actes, il reste dans le déni et aucun changement ne sera possible. Et surtout, rappelez-vous en permanence et persuadez-vous que votre partenaire ne changera pas ! Vous seule pouvez donc changer…

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Domestic Violence

La violence nous concerne tous.

Quel que soit sa forme, physique, sexuelle, verbale, psychologique ou économique, elle est inacceptable.

Contribuons tous ensemble à ouvrir la parole autour d’elle car contrairement à ce que l’on pense, la violence sévit au quotidien dans tous les milieux. Elle est insupportable et inacceptable. On ne nait pas violent mais on le devient. La violence est une colère « déplacée » qui a manqué de mots pour s’exprimer. Dans la plupart des cas, l’homme ne se reconnait pas violent et sa femme ne l’identifie pas comme tel, elle pense à tort que cela va passer mais la spirale de la violence, comme nous l’avons vu, est implacable et s’inscrit dans un cycle infernal. La violence a un impact considérable sur la femme victime qui est passée progressivement de sujet à objet et sur les enfants qu’il ne faut pas oublier car ils sont en première ligne pour la subir et nous devons les protéger. Vous pourrez trouver des informations à ce sujet dans l’article complémentaire que j’ai écrit à cet effet. (« Violence conjugale : quels impacts sur la femme victime et sur les enfants ? »)

Pour sortir de la violence, il faut sortir de l’isolement et du silence et pour cela être impérativement accompagnée.

Si vous êtes victime de violence : Je vous adresse toute ma compassion et tous mes encouragements. J’espère sincèrement que cet article pourra vous aider à vous sentir moins seule, à comprendre les mécanismes à l’œuvre et à reprendre espoir pour vous remettre en route…

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